Depuis le 1er juillet 2026, la donne a changé pour tous les e-commerçants qui font venir leurs produits de l’étranger : l’Union européenne a supprimé la franchise douanière qui exonérait de droits de douane les colis d’une valeur inférieure à 150 euros. À la place, un droit de douane forfaitaire de 3 euros par article s’applique désormais, en plus de la TVA déjà due depuis 2021 sur toutes les importations, quel que soit leur montant. Une bascule discrète sur le papier, mais qui rebat les cartes pour des milliers de boutiques en ligne bâties sur l’approvisionnement à bas coût depuis l’Asie.
Ce que change concrètement la réforme
Le nouveau régime découle du règlement européen (UE) 2026/382, adopté le 11 février 2026. Il s’agit d’une mesure transitoire : jusqu’en 2028, chaque colis de moins de 150 euros expédié depuis un pays tiers se voit appliquer ce forfait de 3 euros, calculé par article et non plus par envoi. À partir du 1er juillet 2028, la franchise des 150 euros disparaîtra totalement et les tarifs douaniers de droit commun s’appliqueront à toutes les importations, sans distinction de valeur. Une redevance européenne de traitement viendra s’y ajouter dès le 1er novembre 2026, renchérissant encore le coût de chaque colis dédouané.
L’enjeu est de taille : plus de 4,6 milliards de petits colis sont entrés dans l’UE en 2024, soit environ 12 millions par jour, une écrasante majorité en provenance d’Asie. En France, 97 % des colis de faible valeur importés en 2025 venaient de Chine, contre 86 % en 2022. Les plateformes comme Temu, AliExpress ou Shein, mais aussi une partie du dropshipping francophone, ont bâti leur modèle sur l’expédition directe de ces petits colis exonérés — un modèle que Bruxelles entend justement rebattre, dans la continuité de la suppression par les États-Unis de leur propre seuil de franchise à 800 dollars, effective depuis le 29 août 2025.
L’angle sous-estimé : l’effet sur les marges des petits vendeurs, pas seulement sur les géants
La couverture médiatique de cette réforme s’est surtout concentrée sur les plateformes chinoises. Mais le forfait de 3 euros par article touche tout e-commerçant qui sourcerait à l’unité hors UE, y compris les petites boutiques françaises qui font venir des échantillons, des pièces détachées ou des petites séries depuis des fournisseurs asiatiques ou nord-américains. Sur un article vendu 8 ou 10 euros, un forfait fixe de 3 euros pèse proportionnellement bien plus lourd que sur un article à 100 euros — un effet régressif qui touche en priorité les modèles à faible marge unitaire.
- Recalculer sa marge nette par référence en intégrant le forfait de 3 euros et la TVA, article par article et non plus au niveau du panier moyen.
- Anticiper la redevance de traitement de novembre 2026, qui s’ajoutera au coût du dédouanement de chaque colis.
- Étudier le relocalisement partiel du stock vers un entrepôt européen pour basculer d’un flux de petits colis vers de l’import groupé, moins pénalisé par le forfait à l’unité.
Quelles options pour les boutiques concernées ?
Plusieurs pistes s’offrent aux e-commerçants qui dépendent encore d’un sourcing à l’unité hors UE : consolider les commandes fournisseurs pour importer en gros plutôt qu’à la pièce, répercuter une partie du surcoût dans le prix affiché plutôt que de l’absorber sur la marge, ou encore revoir sa politique de seuil de commande minimum pour limiter le nombre de colis douaniers distincts. Sur le plan de la conformité, il devient également indispensable de suivre de près l’actualité réglementaire douanière, tant les échéances de 2026 et 2028 s’enchaînent rapidement.
Questions fréquentes
Le forfait de 3 euros s’applique-t-il à chaque colis ou à chaque article ?
À chaque article. Un colis contenant plusieurs produits distincts peut donc cumuler plusieurs forfaits de 3 euros, ce qui incite les vendeurs à regrouper leurs envois.
Cette réforme concerne-t-elle uniquement les achats sur Temu ou Shein ?
Non. Elle s’applique à tout envoi commercial de moins de 150 euros en provenance d’un pays hors UE, quel que soit le vendeur ou la plateforme utilisée, y compris pour l’approvisionnement professionnel des e-commerçants européens.
Que se passera-t-il en 2028 ?
Le seuil de franchise de 150 euros disparaîtra complètement : tous les envois, quelle que soit leur valeur, seront soumis aux tarifs douaniers classiques du tarif douanier commun européen.